Voyage à vélo en Espagne : aventures givrées et chaleureuses rencontres en Castille et Leon

Ville de Ségovie en Espagne voyage à véloLa ville de Ségovie, cernée de montagnes enneigées (@courir-lemonde)

Du 13 au 16 novembre, de Valladolid à Ségovie, nous avons découvert à vélo une contrée sauvage et peu touristique du centre de l’Espagne : la Castille et Léon.
En Castille et Léon, le début de notre aventure cyclonomade fut marqué des conditions météorologiques très rudes et quelques péripéties. De quoi bien pimenter nos premiers coups de pédales en Espagne.
Au total, nous avons parcouru 150 kilomètres durant les quatre premières étapes de notre voyage. 

Nos coups de cœur en Castille et Leon 🙂 

  • la sortie de Valladolid, sur une belle voie cyclable puis via une piste terreuse au milieu de paysages désertiques et arides
  • la gentillesse des locaux toujours prêts à nous aider. Un clin d’œil en particulier à Emiliano qui nous a offert un café chaud et des tapas à Bernardos
  • les paysages très sauvages entre Bernardos et Ségovie

Parcours voyage à vélo Espagne Castille et LéonLe parcours de notre voyage à vélo en Castille et Léon. Au départ de Valladolid, nous avons rallié Ségovie. En cours de route, nous avons notamment traversé les villes suivantes: Tudela del Duero, Cuellar, et Navas de Oro et Bernardos (@courir-lemonde)

Étape 1 : Valladolid – Olmos de Esgueva (20 kilomètres)

Valladolid marque le début de notre voyage à vélo en Espagne. Après un long trajet en train étalé sur deux jours depuis Nantes, nous avons hâte d’enfourcher nos bicyclettes. En plus, le soleil brille dans le ciel ibérique et la température est engageante en cette fin d’après-midi (notre train arrivait à 16h) avec une dizaine de degrés. A la sortie du train, nous réinstallons nos sacoches puis nous sortons de la gare. L’aventure à vélo peut véritablement commencer.
Rapidement, la capitale de la Castille et Léon est derrière nous. De grandes étendues désertiques et arides qui nous entourent. Le dépaysement est total.
Nos premiers tours de roues sont plaisants. Depuis la sortie de Valladolid, nous suivons une belle piste en site propre le long de la rivière Esgueva. A l’écart de la circulation automobile, le parcours est plat et le vent d’Ouest nous propulse à une allure très honorable.

A la sortie de Valladolid, nous empruntons une belle voie cyclable. Elle nous a mené à Olmos de Esgueva (@courir-lemonde)

L’entrée du village de Olmos de Esgueva (@courir-lemonde)

Depuis la sortie de Valladolid, nous nous orientons grâce à l’aide du soleil. A présent, nous voici sur une petite piste qui file vers le Sud (@courir-lemonde)

Vers 17h30, la nuit commence à tomber. A partir de Olmos de Esgueva, nous empruntons une piste faite de terre et de gravillons dans le but d’atteindre le plateau qui domine le village pour y passer la nuit. Autour, des collines vierges de tout peuplement nous encerclent. Seules quelques biches manifestent leur présence au loin. Le coin est très sauvage.

A la nuit tombée, nous plantons nos tentes dans un champ attenant à la piste terreuse. Douce quelques minutes auparavant, la température chute promptement nous obligeant à dégainer polaire, veste thermique, chapka et bonnet. Une fois le bivouac installé, nous dînons d’un repas assez frugal : des pâtes accompagnées de fromage.
Le froid étant saisissant, nous rejoignons nos tentes dès la fin du dîner. Lecture et écriture rythment la soirée avant de retrouver Morphée.

Voyage à vélo en Espagne en Castille et LeonSur une petite piste terreuse (@courir-lemonde)

Bivouac voyage vélo espagneLe premier bivouac du voyage, dans un champ près de Olmos de Esgueva
(@courir-lemonde)

Dîner frugal pour le premier bivouac du périple (@courir-lemonde)

Étape 2 : Olmos de Esgueva – Tudela del Duero (15 kilomètres)

Notre première nuit espagnole n’a pas été de tout repos. En effet, le vent n’a pas cessé de souffler sur nos toiles de tente et la pluie l’a accompagné par séquence. Malgré tout, c’est de bonne humeur que nous dévorons notre petit déjeuner à base de fruits et de muesli.

Conséquence des précipitations nocturnes, la piste déjà très visqueuse la veille s’est transformée en un véritable bourbier. Dès les premiers coups de pédales, nous patinons et nous nous embourbons. Si Aurélien s’en sort à peu près, c’est surtout moi qui galère, entre autre à cause de mes nouveaux pneus pas tellement adaptés à ce type de terrain. Le pire, c’est que dans les portions montantes, même en poussant le vélo, je peine à faire avancer ma monture. Autant dire que ce matin, nous faisons du surplace.  Je commence à m’agacer car plusieurs organes fragiles de mon vélo comme les freins, le dérailleur et le pédalier stockent de la boue. A force, ils risquent de s’abîmer !

Tant bien que mal, nous progressons lentement et à tâtons en direction du Sud. Une fois sur le plateau, nous poussons nos vélos sur de petits chemins agricoles. Ça roule un peu mieux ! Pour nous motiver, nous pensons à ce que notre ami Corentin a enduré lors de sa dernière expédition pour relier Orléans à Paris avec une voiture en bois qu’il devait tracter sans arrêt.

Difficile d’avancer dans ces conditions (@courir-lemonde)

De la boue à gogo (@courir-lemonde)

Sur le plateau entre Olmos de Esgueva et Villabanez (@courir-lemonde)

A la suite d’une longue portion à travers champs, nous trouvons un chemin descendant qui devrait nous permettre de rallier un axe plus important puisque, en contrebas, nous apercevons un village. Le soulagement se lit sur nos visages et dans la foulée, nous dévalons la descente caillouteuse avec entrain.
Cependant, je ne suis pas au bout de mes peines. Juste avant le village, je m’embourbe à nouveau la faute au terrain collant. Et ce qui devait arriver arriva. C’est ici, à l’entrée du village de Villabanez, que mon dérailleur capitule ! Usé par des kilomètres de boue, il a fini par lâcher ! J’ai le moral dans les chaussettes. Nous faisons du surplace, le dérailleur de ma monture est cassé et nous sommes frigorifiés … Quel début de périple ! Heureusement, Aurélien est plein d’optimisme et d’enthousiasme pour la suite de la journée. Il n’a qu’une phrase à la bouche “nous allons le réparer ce vélo”.

Le village de Villabanez est en approche (@courir-lemonde)

Casse dérailleur voyage à vélo en EspagneLe dérailleur de mon vélo est cassé. Réparation obligatoire. Pour cela, direction Tudela de Duero situé à 7 kilomètres (@courir-lemonde)

A Villabanez, nous déjeunons dans une petite gargote bien connue des ouvriers du coin et des locaux. Au chaud, nous dévorons un repas requinquant à défaut d’être exquis. Dans un espagnol approximatif, nous expliquons notre situation au tenancier. Compréhensif, ce dernier nous conseille de nous rendre à Tudela de Duero où se trouve, d’après lui, une boutique de réparation de vélo : Cliclos Chuchi. A cette annonce, nos yeux s’illuminent et afin de le remercier, nous le couvrons de “muchas gracias”.
Pour nous rendre à Tudela de Duero, distant de 7 kilomètres, nous envisageons plusieurs scénarios. Néanmoins, après mûres réflexions, nous décidons de rallier cette bourgade ensemble en poussant nos vélos. Pour corser le tout, la pluie se met à tomber. Les deux vidéos suivantes donnent un bel aperçu de notre après-midi en direction de Tudela de Duero.

Sous la pluie et dans le froid, nous poussons nos vélos en direction de Tudela de Duero afin d’atteindre la boutique de vélo que nous a indiquée le tenancier du restaurant
(@courir-lemonde)

Dans les portions descendantes, nous remontons sur les vélos pour bénéficier de la pente (@courir-lemonde)

Après un crochet par le cimetière de la ville pour laver nos vélos, nous trouvons la boutique de vélo Cliclos Chuchi grâce à l’aide d’un local. A peine entrés, le sympathique Jesus prend en charge mon vélo. Malgré la barrière de la langue, il décode rapidement ce qui coince et remplace la pièce endommagée.
Nous le remercions chaleureusement et je laisse même un pourboire à sa femme Margarita qui gère la caisse. Au moment de partir, nous leur demandons si ils connaissent un lieu où nous pourrions planter nos tentes. Peu de temps après, Margarita enfourche un vélo et, dans la pénombre, elle nous guide vers un parc où nous pouvons passer la nuit.

Derailleur cassé voyage à véloLe consciencieux Jesus remplace mon dérailleur cassé (@courir-lemonde)

Bivouac dans un parc à Tudela de Duero (@courir-lemonde)

Étape 3 : Tudela de Duero – Navas de Oro (63 kilomètres)

La nuit a été fraîche et au réveil, la température est tout juste positive. Engourdis par le froid, nous peinons à lever le camp ce matin. Ce n’est que vers 11h00, à la suite de quelques courses, que nous prenons la route. Après les galères d’hier, cette journée sonne un peu comme le second départ de l’aventure. Et si tout se déroule bien, nous allons enfin pouvoir avancer en direction de Madrid.

Les premiers kilomètres de l’étape sont corsés. Dès la sortie de la ville, nous tombons sur une côte très raide. Dans la montée, chacun prend son rythme et au sommet, Aurélien me devance nettement. Il est en pleine forme en ce début de périple.
Heureusement pour nos jambes, la suite du parcours est beaucoup plus roulante. Les kilomètres s’enchainent facilement. Nous passons les villages de Montemayor de Pililla et de Viloria avant d’atteindre la jolie cité de Cuellar. En dépit du froid très mordant (pas plus de 4/5°C), nous prenons le temps de parcourir ses pittoresques ruelles.

Voyage à vélo Castille et Leon Portion boisée en début d’étape, entre Montemayor de Pililla et Viloria (@courir-lemonde)

Voyage à vélo en Espagne bergerUn troupeau de moutons croisé sur un petit chemin au Nord de Cuellar
(@courir-lemonde)

 

Cuallar-castille-leon-voyage-velo-espagneDans les pittoresques ruelles de Cuellar (@courir-lemonde)

Une étape marquée par le froid (@courir-lemonde)

Après Cuellar, le vent qui était notre allié jusque là se montre nettement moins serviable. Sur une bonne vingtaine de kilomètres, nous nous heurtons à de violentes rafales qui viennent de côté. La végétation étant clairsemée sur cette portion, elle ne joue pas son rôle d’écran protecteur.
A l’entrée du village de Navas de Oro, Aurélien crève de la roue arrière. Mince, encore un souci mécanique ! Décidément, nous les accumulons en ce début de voyage.
Cependant, il ne crève pas au plus mauvais endroit, puisque juste en face de nous, deux maçons s’affairent sur un chantier. Quasi immédiatement, l’un d’entre eux nous adresse la parole. Pendant qu’Aurélien répare la crevaison, j’échange comme je peux avec le sympathique Ricardo. Passionné de vélo, il m’explique notamment qu’il a escaladé le redoutable col du Tourmalet avec son fils de 7 ans, photo à l’appui. Chapeau !
Lorsque j’évoque la suite de notre parcours et notre intention de rallier Madrid en passant par la Sierra de Guadarrama, il me montre immédiatement une webcam des lieux. Sur la vidéo, la neige et le brouillard dominent le paysage. De quoi nous faire réfléchir ?

Comme Aurélien peine avec sa crevaison, Ricardo, en connaisseur, s’empresse de venir l’aider. Amicalement, ce dernier nous rapporte même un produit anti crevaison qu’il déverse dans le pneu pour annihiler toute récidive. Nous le remercions vivement pour son aide et sa gentillesse.
Le temps de réparer la crevaison, il fait déjà presque nuit. Dès lors, après quelques courses complémentaires, nous nous mettons en quête d’un lieu pour bivouaquer. A la sortie de Navas de Oro, nous trouvons notre bonheur dans une forêt de pin.
La soirée est particulièrement fraîche. Sous l’impulsion d’Aurélien, grand spécialiste des feux de camp, nous allumons une belle flambée pour nous réchauffer. Habillés chaudement, nous dînons de pâtes au fromage au coin du feu avant de rejoindre nos tentes pour ce qui sera la nuit la plus froide du voyage.

Bivouac feu de camp voyage vélo EspagneUn feu de camp réchauffe notre bivouac près de Navas de Oro (@courir-lemonde)

Étape 4 : Navas de Oro – Ségovie (52 kilomètres)

La nuit a été animée. En effet, en plein milieu de la nuit, quelques voitures sont venues nous rendre visite. Ainsi, quelques bruyants dérapages et des cris de fêtards ont perturbé notre sommeil.
Au petit matin, nos tentes sont gelées. La nuit a été particulièrement froide et la température est descendue autour des -3°C. Congelés, nous déjeunons avec appétit pour faire le plein de calories avant de prendre la route en direction de la ville de Segovie, située à une cinquantaine de kilomètres.
En cours de route, à l’entrée du village de Bernardos, nous sommes interpellés par un homme qui nous crie “café caliente ? “ Surpris, je me retourne vers Aurélien et d’un commun accord, nous sautons vers cette généreuse personne à la proposition plus qu’alléchante. Quelques instants plus tard, nous retrouvons Emiliano sur la place centrale du village. Ensemble, nous pénétrons dans un café animé en ce samedi matin. Accoudés au bar, nous savourons le tant attendu “café caliente” accompagné de quelques tapas qu’Emiliano tient aussi à nous offrir. Un moment plaisant par cette matinée glaciale. Tout en mangeant, nous échangeons avec Emiliano. Ingénieur de formation, il vit à Madrid mais il revient souvent dans son village natal de Bernardos. Il nous questionne aussi sur notre voyage et nous indique que la route qui mène à Ségovie est “guapa”, c’est à dire très jolie. Avant de reprendre notre chemin, nous remercions Emiliano pour sa gentillesse et sa générosité.

-3°C au réveil, les tentes sont gelées et il fait très frisquet (@courir-lemonde)

Le village de Bernardos en EspagneLa place principale du village de Bernardos (@courir-lemonde)

Voyage a vélo en Espagne - rencontresRencontré à l’entrée de Bernardos, Emiliano nous a généreusement offert un “café caliente” accompagné de tapas (@courir-lemonde)

Ragaillardis par cette chouette rencontre, nous reprenons notre itinérance avec le sourire en dépit du froid polaire.  Comme annoncé par Emiliano, la route en direction de Ségovie est très belle. De vastes étendues sauvages nous entourent et, au loin, nous apercevons les contreforts enneigés de la Sierra de Guadarrama. C’est splendide et très dépaysant ! J’aime beaucoup ce type de paysages immaculés et peu modifiés par l’action de l’homme. Par moment, j’ai l’impression que nous parcourons les grands espaces d’Amérique du Sud avec la Cordillère des Andes en toile de fond !

Quelques moutons avec la Sierra de Guadarrama en arrière plan (@courir-lemonde)

La rencontre d’un berger qui discute avec ses chiens et son troupeau (@courir-lemonde)

Vastes étendues sauvages près de Armuña (@courir-lemonde)

Segovia voyage a véloSégovie n’est plus très loin … (@courir-lemonde)

Nous atteignons Ségovie vers 13h30. A peine arrivés, nous nous posons dans un parc près d’une église pour manger. Classée au patrimoine de l’UNESCO, Ségovie est l’un des ensembles artistiques et architecturaux les plus riches du pays. Nous nous en rendons bien compte en parcourant la ville à vélo.

Finalement, c’est à Ségovie que nous donnons nos derniers coups de pédale en Castille et Léon. Étant donné les rudes conditions météorologiques de ce mois de novembre, rallier Madrid en passant par les cols de la Sierra de Guadarrama serait un peu inconscient. Surtout compte tenu de notre équipement !
Nous suivons donc les sages conseils distillés par Ricardo et Emiliano. Dès lors, c’est en train Media Distancia (8,5 euros par personne) que nous rejoignons Madrid, où habite le frère d’Aurélien avec sa compagne et son fils.
Un peu de repos et de chaleur nous feront le plus grand bien afin de reprendre notre itinérance cyclonomade au Sud de Madrid, dans la région de l’Estrémadure puis au Portugal. A suivre dans les prochains carnets de voyage !

Segovie en Castille et Leon Classée à l’UNESCO, la ville de Ségovie se trouve au pied de la Sierra de Guadarrama (@courir-lemonde)

Pour retrouver l’article bilan de notre voyage à vélo en Espagne et au Portugal, c’est ici : voyage à vélo en Espagne et au Portugal : le bilan du périple

Pour retrouver les autres carnets de voyage de notre voyage à vélo en Espagne et au Portugal, c’est ici :

2 réflexions sur « Voyage à vélo en Espagne : aventures givrées et chaleureuses rencontres en Castille et Leon »

  1. Super récit, et vidéos marrantes 🙂 ! le berger dit à son chien que les moutons n’ayent pas sur la route je crois. Il prononce “carretera” qui veut dire route

  2. C’est le type d’aventure que j’apprécie beaucoup. C’est surtout écologique et ça permet de se mettre au sport tout en découvrant le monde. Par contre, nous avons encore des enfants en bas âge. Donc je pense que ce ne sera pas possible avant 4 ans. Vos photos sontmagnifiques en tout cas !

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